Pourquoi protéger les chauves-souris ?

Merci à un membre de l’équipe MOTRIS pour cet article.

Des animaux méconnus et qui ont toujours suscité la peur. Les chauves-souris ne sont pas très aimées car elles vivent la nuit et se déplacent furtivement. Mais avant de les détester apprenons un peu à les connaître.

Présentation

Les chauves-souris sont les seuls mammifères qui volent véritablement. C’est également le groupe de mammifères à avoir acquis la plus grande diversité biologique après les rongeurs, avec plus de mille cent espèces dans le monde réparties actuellement en dix-neuf familles. Il s’agit aussi du seul groupe de mammifères avec les baleines à effectuer annuellement des migrations de plus de mille kilomètres.

    Chauves-souris en chasse.

La plupart des espèces se trouvent dans les régions tropicales mais tout de même une trentaine peuvent se rencontrer en France. Et si les chauves-souris peuvent se nourrir d’insectes, de viande, d’un peu de poisson, de fruits voire de sang pour quelques petites espèces d’Amérique tropicale et même de nectar, toutes les espèces Françaises sont insectivores. Et afin de ne pas entrer en compétition alimentaire, elles ne chassent pas les mêmes espèces en exploitant des habitats différents et en utilisant des techniques de vol propres à leur espèce.

Alimentation

Comme nous l’avons vu, toutes les chauves-souris Françaises sont insectivores. Toutefois, leur territoire de chasse ne se situe que rarement à proximité de leur dortoir, qu’il s’agisse d’un bâtiment ou d’une cavité naturelle.

Une chauve-souris dans son dortoir.

En effet, qu’elles chassent dans la forêt, la prairie ou les vergers, elles passent la journée dans une cavité pouvant être à plusieurs kilomètres. C’est ainsi que chaque nuit elles quittent leur abri pour effectuer un voyage jusqu’à une zone riche en insectes. Durant ce voyage, elles se repèrent surtout grâce à la végétation comme les alignements d’arbres qui servent aussi de ravitaillement grâce aux insectes qui prolifèrent dans leur feuillage.
 

Chaque espèce de chauve-souris a également développé ses propres techniques de chasse. Ainsi, chassant chacune des espèces d’insectes différentes, elles ne se font pas concurrence. Cette évolution, notamment pour le sonar utilisé, est particulièrement visible chez les rhinolophes. Ainsi, les excroissances présentes sur leur museau leur permettent d’émettre un sonar typique à leur espèce correspondant à la détection de l’insecte qu’elle chasse. D’autres comme les noctules chassent plutôt à la vue.

Les prédateurs

Les chauves-souris ont colonisé une niche écologique particulièrement préservée des prédateurs. Etant des animaux nocturnes et volants, leurs seuls prédateurs potentiels sont les chouettes et les hiboux.

                                               

                                                                               Les hiboux et les chouettes peuvent occasionnellement attraper une chauve-souris.

Toutefois, ayant développé une biologie leur permettant de stocker le sperme après l’accouplement pour féconder l’ovule au moment propice, tous les petits naissent en même temps. Les jeunes inexpérimentés, principales cibles des prédateurs ne sont présents qu’une petite partie de l’année, ce qui empêche les rapaces nocturnes de se spécialiser dans les chauves-souris. Ensuite, ces animaux hibernent, au moins en France, plusieurs mois par an, ce qui fait qu’elles sont totalement absentes en hiver, rendant d’autant plus compliqué la spécialisation des prédateurs. Il est vrai qu’ils pourraient les attaquer pendant leur hibernation mais celle-ci se passe dans des cavernes particulièrement obscures où seules les chauves-souris équipées d’un sonar peuvent se repérer. Ainsi dépourvue de prédateurs, les chauves-souris Françaises n’ont souvent qu’un seul petit par an due à la faible mortalité naturelle de ceux-ci. Et leur espérance de vie est particulièrement longue pour des animaux de cette taille, pouvant dépasser la vingtaine d’années. On comprend donc mieux pourquoi il faut absolument éviter de leur nuire. Des animaux n’ayant qu’un seul petit par an mettront très longtemps à reconstituer leur population d’origine après une hécatombe. D’autant que si l’on force une chauve-souris à quitter son abri de jour, elle se fera instantanément dévorer par un rapace si elle ne trouve pas tout de suite un autre abri. En effet, si elles sont relativement en sécurité la nuit, le jour elles sont totalement désarmées.

La reproduction

Comme nous l’avons vu précédemment, les chauves-souris ont développé une biologie leur permettant de stocker le sperme sans qu’il ne se dégrade et ainsi la fécondation de l’ovule au moment propice. L’accouplement se produit en automne et le fœtus se développe au moins en partie pendant l’hibernation. C’est là que les femelles devront choisir entre baisser fortement leur température corporelle pour économiser de l’énergie afin de passer l’hiver, ou la baisser moins si ses réserves le permettent afin de favoriser le développement de l’embryon. Et c’est au printemps que les petits naîtront, certes pas tous le même jour, mais au moins à la même période.

  

Quelles sont les menaces sur les chauves-souris ?

Tout d’abord, celle qui pèse sur les chauves-souris est, surtout la destruction de leur habitat. Mais ceci à plusieurs échelles, par l’abattage excessif de vieux arbres, l’arrachage des haies et l’exploitation intensive des prairies. Comme nous l’avons vu précédemment, ce sont à la fois des sources d’insectes et des points de repères entre le dortoir et le terrain de chasse. D’autre part, les terrains de chasse doivent également être des écosystèmes préservés. Les vieux arbres sont aussi un abri potentiel avec toutes leurs cavités et leurs recoins sous l’écorce et peuvent pour un seul d’entre eux abriter des dizaines de chauves-souris.

Une autre menace est l’utilisation massive de produits chimiques en agriculture qui transforme les espaces agricoles en zones dénuées de vie. Empoisonnant de nombreux animaux et réduisant les ressources alimentaires.

Enfin, la mauvaise protection des grottes, notamment par leur fréquentation excessive. Celles-ci servant de dortoir, de site de reproduction et d’hibernation, doivent bénéficier d’une attention particulière.

Et pour finir, les chauves-souris souffrent d’une mauvaise réputation. Justifiée ? C’est ce que nous allons voir dans le paragraphe suivant.

Pourquoi les chauves-souris ont-elles mauvaise réputation ?

De quoi les accuse t-on ?
-De boire du sang ?
-De s’accrocher dans les cheveux ?

Pour ce qui est de boire du sang, les chauves-souris vampires existent bien. Mais en plus d’être totalement absentes de nos contrées (elles ne vivent qu’en Amérique tropicale), elles sont bien moins terrifiantes qu’on ne l’imagine. Les espèces énormes que l’on voit dans Indiana Jones existent mais ne se nourrissent que de fruits. Spielberg avait pris cette liberté pour rendre son film plus sombre. Les vrais vampires sont en effet des espèces très petites, buvant de préférence le sang du bétail. Et même s’il peut arriver quelques fois qu’elles boivent celui d’un homme, leur morsure ne consiste qu’en une coupure très superficielle, ne laissant perler que quelques gouttes. En général, cela ne réveillera même pas la personne. Pour ce qui est de la transmission de maladies, je ne sais pas, mais je le répète, aucune chauve-souris de chez nous ne boit du sang.

Enfin on dit que les chauves-souris s’accrochent dans les cheveux. Quelle étrange rumeur ! En plus d’être totalement fausse ( je côtoie personnellement de nombreuses chauves-souris à Metz, le soir, pendant mes entraînements de sport sans qu’aucune ne s’approche), quelle serait l’explication biologique d’un tel comportement ? En s’accrochant ainsi elles s’exposeraient au très fort risque d’être attrapées et tuées, que ce soit avec un homme ou un animal. De plus, la plupart des chauves-souris Européennes ne sont pas plus grosses que des moineaux ou des merles. Quel mal pourraient-elles faire ? Et même si au cinéma ou dans la littérature de tels phénomènes peuvent être observés, il ne s’agit que de libertés prise par le réalisateur ou l’auteur pour donner une certaine ambiance à leur œuvre.

En réalité, les chauves-souris nous sont très utiles. A nous comme à la nature. C’est ce que nous allons voir dans le paragraphe suivant.

Quelles sont leurs utilités ?

Après avoir vu les menaces et les rumeurs qui pèsent sur les chauves-souris, voyons les services qu’elles nous rendent, et ils sont très nombreux. Celles de chez nous, étant toutes insectivores, permettent de limiter le nombre de nuisibles. Une seule chauve-souris peut manger 15 000 moustiques et insectes nuisibles en une nuit ! Imaginez les résultats que peuvent apporter toute une nuée en matière de bien-être et de protection des cultures. Ensuite, si l’on inclue le monde entier, les chauves-souris frugivores participent à la reproduction des arbres en mangeant leurs fruits avant de rejeter leurs graines plus loin. Les nectarivores, elles, pollinisent de nombreuses fleurs non accessibles à d’autres animaux… Des services dont on est bien peu reconnaissant. A moins de prendre enfin leur défense.

Comment les protéger ?

Avant tout, en cessant de détruire leurs habitats. Il faut stopper l’arrachage des haies, la surexploitation des prairies et l’abattage des vieux arbres.  Si vous souhaitez avoir une haie dans votre jardin, renseignez-vous et prenez des essences locales. Les espèces lointaines comme le thuya ne sont pas adaptées à notre écosystème et ne seraient que des déserts biologiques. Et même votre pelouse doit être tondue le moins possible. Un gazon en « terrain de golf » est aussi un désert biologique. Et dans l’idéal, semez-y des fleurs locales et sauvages (ex : des perce-neige, primevères, violettes, pâquerettes…).

Le bocage est indispensable pour de nombreuses espèces.

Ensuite, il faut cesser de les déranger dans leurs gîtes. Ne pas entrer dans une caverne sans savoir ce qu’elle abrite. Si vous pratiquez la spéléologie, respectez bien les interdictions d’accès et les mesures de précaution pour ne pas nuire à l’environnement.

Si possible, vous pouvez placer des nichoirs à chauves-souris dans votre jardin, ils ne sont pas plus gros que ceux pour les oiseaux. Voire pratiquez une petite ouverture dans vos combles ou un compartiment dans votre grange pour que les chauves-souris puissent l’utiliser.

Les granges sont bien plus importantes pour l’écosystème qu’on ne pourrait le croire car beaucoup de petits animaux utiles s’y abritent.

Ensuite, comme pour la plupart des animaux, les chauves-souris sont victimes de l’agriculture intensive. Mangez donc le plus bio et le plus local possible. En vous fournissant dans une AMAP* si vous trouvez ces produits trop chers. Et en bannissant les traitements chimiques de votre jardin. Si vous voulez des conseils, je vous invite à aller consulter le texte sur le jardinage écologique.

* Une AMAP est une ferme, souvent bio, vendant directement sa production aux consommateurs. Vous éviterez ainsi tous les intermédiaires comme les fournisseurs et les magasins qui feront monter le prix des produits. La liste des AMAP et leur emplacement est facilement trouvable sur Internet.

Conclusion

Après tout ce que nous venons de voir, bien peu d’animaux méritent moins leur mauvaise réputation que les chauves-souris. En plus d’être totalement inoffensives, elles sont très utiles à de nombreux niveaux des écosystèmes. De nombreuses associations très connues se battent tous les jours pour leur protection. Alors cessons de ressasser les anciennes superstitions et apprenons à les connaître et à les aimer.

À retenir
– Protégez vos vieux arbres et votre haie.
– Tondez votre gazon le moins possible et ayez un tas de compost.
– N’explorez pas de grottes sans vous renseigner sur leur accessibilité et les mesures de précautions.
– Installez des nichoirs à chauves-souris et pratiquez une ouverture dans vos combles ou votre grange.
– Consommez bio et local.
– Ne propagez pas les fausses rumeurs sur les chauves-souris.

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Le livre  « L’encyclopédie des chauves-souris d’Europe et d’Afrique du Nord » de Christian Dietz, Otto von Helversen et Dietmar Nill est l’un des documents qui a permis la réalisation de cet article.

Les images proviennent du site Pixabay.